Une fois encore ARTE me fait découvrir un nouveau cinéma.
MERCI à arte pour diffuser de telles merveilles !
Après la diffusion du film, un chat en direct sur le site Web d'Arte permet de poser des questions au réalisateur. Presque une heure de chat entre 23h et 24 h, 173 internautes étaient en ligne. Et ça fonctione très bien et très vite.
Va, vis et deviens
Un film de Radu Mihaileanu
LE THEME :
Le combat pour se construire d'un jeune Éthiopien, réfugié en Israël en se prétendant Falasha. Un film magistral sur l'identité, la perte, l'amour.
En 1984, des milliers d'Africains de 26 pays frappés par la famine se retrouvent dans des camps au Soudan. A l'initiative d'Israël et des Etats-Unis, une vaste action est menée pour emmener des milliers de Juifs éthiopiens vers Israël.
Une mère chrétienne pousse son fils de neuf ans, Salomon, un enfant chrétien, à se déclarer juif pour le sauver de la famine et de la mort. Dans le camp de réfugiés où ils attendent le départ, Salomon est confié par sa mère à une femme falasha dont le fils vient de mourir. "Va, vis et deviens", lui enjoint-elle en le poussant vers l'avion.
L'enfant arrive en Terre Sainte. En Israël, Schlomo, comme il s'appelle désormais, voit mourir sa "deuxième" mère. Déclaré orphelin, il est adopté par une famille française sépharade vivant à Tel-Aviv. Il grandit avec la peur que l'on découvre son double-secret et mensonge : ni juif, ni orphelin, seulement noir. Il découvrira l'amour, la culture occidentale, la judaïté mais également le racisme et la guerre dans les territoires occupés.
Radu Mihaileanu - Biographie (selon Arte)
Radu Mihaileanu quitte la Roumanie à l’âge de 22 ans en 1980, durant la dictature de Ceauşescu pour se réfugier en Israël, puis en France. Après être sorti diplômé de l’IDHEC (Institut des Hautes Etudes Cinématographiques), il sera l’assistant de plusieurs réalisateurs (Jean-Pierre Mocky, Nicole Garcia, Fernando Trueba…) et co-scénariste en 1989 de Le Banquet de Marco Ferreri, adaptation du dialogue de Platon pour la télévision.
En 1987 paraît son recueil de poèmes, Une vague en mal de mer.
Trahir (1993 ) sera sa première réalisation de long métrage, dont il est également le co-scénariste. Ce film obtient de nombreux prix (Montréal, Istanbul…). La réalisation d’un premier téléfilm Bonjour Antoine, sera suivie par celle du long métrage Train de vie primé entre autres à Venise (Prix de la Critique) et au Sundance Festival et diffusé en 2006 sur ARTE. Le film raconte l’histoire des habitants d’un village juif d’Europe de l’Est qui, pour échapper à la Shoah, décident de se déporter eux-mêmes en train. Après le tournage d’un téléfilm Les Pygmées de Carlo en 2002 (coproduit par ARTE), c’est son œuvre Va, vis et deviens en 2005 qui récoltera une moisson de prix : Meilleur scénario original au César 2006, Prix du Public au Panorama de la Berlinale 2005, etc. Suivra le long métrage Le concert en 2008.
C’est au Maroc que son dernier film La source des femmes est actuellement en tournage.
Radu Mihaileanu - Interview filmée
il faut copier le lien et aller chercher la page web directement.
http://www.youtube.com/watch?v=xNr9tiHim48
Renseignements sur le film
"Le film a été tourné en super 35mm et "gonflé" en scope 2:35, donc en film, pas en vidéo.
Avec mon ami et co-scénariste, Alain-Michel Blanc, nous avons passé 6 ans à nous documenter, à rencontrer des réfugiés, des gens des services secrets, des services sociaux, à lire des livres, la presse de l'époque, etc. Ceci à contribué à la réalisation d'un documentaire que j'ai réalisé par la suite qui s'appelle "Opération Moïse" et qui se trouve en DVD
Interview par Arte
http://www.arte.tv/fr/Cinem-arte/_5Barchiv_5D-Identifier/Nav/Interview/1079762.html
(Interview filmée : Retranscription de l'interview)
Vous avez fui la Roumanie de Ceaucescu pour venir en France où vous avez préparé l'IDHEC.
J'ai passé l'Idhec clandestinement depuis la Roumanie. J'ai fui la dictature de Ceaucescu en passant par Israël… Je ne voulais pas faire de cinéma au tout début : je faisais du théâtre et j'avais même ma troupe de théâtre clandestine à Bucarest. J'étais comédien – très mauvais ! – et j'avais l'ambition d'être un petit Chaplin roumain… En arrivant à Paris, mon père m'avait prévenu qu'il n'y avait pas d'école de mise en scène de théâtre, et qu'il fallait donc que je passe par une école de cinéma, puis qu'une fois mon diplôme en poche, je reviendrais au théâtre… J'ai alors découvert, en entrant à l'Idhec, le gros plan. J'ai découvert la beauté du visage humain et la possibilité de mentir, dramatiquement, à travers le gros plan. Avec un seul plan, je découvrais la possibilité de raconter plusieurs choses à la fois… Je reviendrai peut-être un jour au théâtre…
Quelles sont les rencontres qui vont ont marqué ?
J'ai été assistant pendant une dizaine d'années et j'ai fait plusieurs belles rencontres, notamment avec Marco Ferreri. J'ai même eu la chance de coécrire un scénario avec lui. J'ai été son chauffeur, son producteur exécutif, son ami… Il m'a appris à décortiquer le monde et à ne jamais m'arrêter à la surface des images. Mon père m'a également beaucoup aidé : il continue d'ailleurs à relire tous mes scénarios et sait se montrer très critique. Une autre personne m'a beaucoup influencé dans la direction d'acteurs : Alain Tasma, grand réalisateur de télévision, dont j'ai été l'assistant en 1991 juste avant de tourner Trahir. Il avait lui-même été assistant d'Arthur Penn dont il avait intégré la méthode consistant à adapter le cadre et la mise en scène aux personnalités de ses comédiens. C'est drôle car c'est Arthur Penn qui m'a remis un prix pour Trahir à Istanbul et que j'ai remercié à double titre !
Quelles sont vos influences ?
J'ai un petit éventail de cinéastes qui m'ont particulièrement marqué : Chaplin, Orson Welles qui, pour moi, incarne le Shakespeare du cinéma et qui est très lié au théâtre, Jacques Tati que j'ai rencontré à l'Idhec et qui a été conspué par les étudiants, Jean Renoir, Tarkovski, Tex Avery qui a été mon modèle en matière de rythme pour Train de vie. Je recommande d'ailleurs à tous ceux qui font une comédie de revoir les films de Tex Avery… Je pourrais aussi citer Sydney Pollack, Mizoguchi, Kurosawa, ou le Resnais de Providence, Bergman dont j'ai beaucoup étudié les scénarios et les personnages féminins. Je ne comprends toujours pas comment cet homme a pu si bien comprendre les femmes, alors que nous sommes si dissemblables…
Comment vous est venue l'idée du film ?
J'avais réalisé Trahir et je ne savais pas très bien avec quoi enchaîner. Je me retrouve un soir avec des amis : un ami historien raconte qu'il y aurait eu, pendant la guerre, un faux train de déportation qui aurait sauvé des Juifs polonais. J'ai trouvé cela très étonnant et je me suis dit que, si c'était vrai, cela pourrait faire une comédie formidable. Plusieurs de mes amis, Juifs ou non Juifs, m'ont tout de suite dit : "Tu ne peux pas traiter cela sur le mode de la comédie !"
Par la suite, en menant mon enquête auprès de différents musées de la Shoah, je me suis aperçu que cette histoire ne pouvait être véridique. Mais peu importe que l'histoire soit vraie ou pas : le film n'est pas un film sur la Shoah, mais sur la mort d'une civilisation – la civilisation du Yiddishland. Je voulais raconter cette histoire de la manière la plus juive possible, autrement dit sur un mode tragi-comique. En tous les cas, le film a été très difficile à financer, car personne n'osait se risquer à produire un film traitant de la Shoah sur un registre humoristique.
Le film prend la forme d'un conte et rend hommage à une civilisation disparue…
Oui, absolument. D'ailleurs, Claude Lanzmann a aimé le film parce que je ne touche pas aux camps : pour l'instant, la représentation par l'image est pauvre par rapport à la Shoah. Je voulais, par ce film, laisser une trace de ce monde disparu. Je voulais aussi dire à mon père que je ne l'avais pas oublié et transmettre à mes enfants cet héritage. Je voulais montrer que tant que le fou du film n'oublie pas cette culture et ces gens, cette civilisation ne sera pas morte !
On retrouve dans tous vos films l'idée de l'imposture positive …
Pour survivre dans la Roumanie de Ceaucescu, mon père a dû changer de nom et prendre le patronyme de Mihaileanu… Mais j'ai voulu conserver ce nom, et ne pas reprendre notre nom à consonance juive, pour ne pas trahir mon père et tuer ce que mon père a vécu pendant la guerre et sous le stalinisme. Mes films reflètent cette ambiguïté qui est aussi une force, et que j'essaie de positiver.
Le film est aussi une critique de l'abus de pouvoir exercé par les hommes dans certaines conditions…
Le film parle de la sublime imperfection des êtres humains : je mets souvent en parallèle la perfection des nazis et l'imperfection du paradis. Je préfère l'imperfection du paradis… Effectivement, la soif du pouvoir est dans la nature humaine, comme on le voit dans le film lorsque les faux nazis se prennent pour les maîtres. Il faut essayer de tendre vers la perfection, sans jamais l'atteindre.
Vous avez aussi choisi de montrer que les victimes du nazisme ne sont pas que juives, mais qu'il y a aussi les tziganes, opprimés en Roumanie…
Oui, car c'est un peuple qui a été génocidé et dont on parle trop peu. Les gitans ont été considérés comme un peuple inférieur et je voulais montrer cette belle rencontre entre deux peuples qui ont subi le même traitement – rencontre qui passe d'ailleurs par la musique.
Le personnage principal, Schlomo, est le fou, et donc porteur de sagesse dans la grande tradition juive…
C'est une tradition qui vient notamment de la culture juive, mais pas seulement puisqu'on la retrouve dans la littérature tchèque ou chez Shakespeare. Le fou est celui qui voit au-delà de la raison – au-delà des images – et donc au-delà du cadre. Schlomo touche à la question – la seule vérité qui soit – en s'exprimant de manière poétique. La spécificité de la Shoah réside dans le fait que l'homme a dépassé le cadre de la civilisation : l'humanité a soudain déraillé et est sortie du cadre.
Le film est une farce tragi-comique, et qui a aussi une dimension de comédie musicale…
C'est le rythme klezmer. J'ai effectivement conçu le film à mi-chemin entre comédie musicale et dessin animé. Comme il s'agit d'un conte de fée, la gageure était de toujours rester sur la frontière entre le rêve et la réalité. Je me suis donc beaucoup inspiré du théâtre yiddish et du cinéma de Lubitsch, et des dessins animés de Tex Avery. Si on prête attention à la musique des films de Tex Avery et de Chaplin, on comprend que c'est du klezmer. C'est aussi le rythme de la fuite, le rythme propre à la comédie. Je voulais que les personnages s'agitent en tous sens.
Dans quel sens avez-vous travaillé la lumière et les couleurs ?
Il y avait une difficulté liée au cadrage. Je ne pouvais ni éclairer ni cadrer Train de vie de la même manière que Trahir, notamment parce qu'il n'y a pas de personnage principal. Le protagoniste, c'est le village. Cela m'imposait donc des plans larges : le metteur en scène devait s'effacer pour que le public ait une relation directe avec les personnages.
Quant à la lumière, j'avais l'esthétique du dessin animé en tête. Le film était aussi à la mémoire du Train de la Mort qui a circulé en Roumanie pendant la guerre : il a roulé jusqu'à ce que l'ensemble des Juifs qui s'y trouvaient meurent de faim ou de soif… Par contraste, mon train est un train de vie, où se trouvent ces gens merveilleux et amoureux de la vie. Les couleurs devaient donc être surexposées et privilégier les rouges et les verts. Dans la tête du fou, il n'y avait que des couleurs.
Avez-vous envisagé de tourner le film en yiddish ?
Si nous avions tourné le film en yiddish, nous aurions beaucoup trop restreint le public du film. Je ne voulais pas le réserver uniquement aux personnes âgées ou à une communauté. En revanche, je ne voulais pas non plus que le français parlé par les acteurs soit du parigot… Nous avons donc travaillé une mélodie yiddish qui imprègne le rythme et les veines du français parlé par les personnages.
Edité le : 10-01-06
EXTRAITS DU CHAT DU 24 FEVRIER 2011
Q : L'histoire pourrait se résumer ainsi: quatre mère s'allient pour sauver un enfant. Le film est le trait d'union de leur amour, même si elles ne se connaissent pas







